Saint Pierre le Jeune

Prédication de carême du Dimanche 18 février 2018 : Notre Père qui es aux cieux



Invocavit
Notre Père 1
Dimanche 18 février 2018
 
Notre Père qui es au cieux
Le premier dimanche de l’Avent, l’Église nous proposait une nouvelle traduction de l’oraison dominicale (1). J’aimerais saisir cette occasion jusqu’au Jeudi saint pour revisiter avec vous la prière que Jésus a laissée à ses disciples.

Cette prière nous est rapportée deux fois. Par l’évangéliste Matthieu (2) et dans l’évangile de Luc (3). Si la majorité des exégètes estime aujourd’hui que la brièveté de Luc doit certainement être plus proche de l’enseignement de Jésus, la version que nous livre Matthieu possède un caractère liturgique indéniable (4). D’autre part, nous ne savons pas vraiment ce que Jésus a prié, pour la bonne et simple raison que le texte qui nous est parvenu est en langue grecque, alors que Jésus parlait plutôt l’araméen et l’hébreu !

En ce premier dimanche du carême, je m’attarderais aux premiers mots de la prière du Seigneur : Notre Père ou comme l’exprime Luc en toute simplicité Père !

Ces premiers mots de la prière dessinent notre relation personnelle avec le Dieu-Père d’une part, mais aussi une relation communautaire, celle de tous ceux qui, en disciples du Christ, prient ensemble le Seigneur.

Jésus dit à ses disciples : vous donc priez ainsi ! La tradition liturgique de l’Église introduit la prière du Seigneur par ces paroles : comme nous l’avons appris du Sauveur et selon son commandement nous osons dire. Tout cela pour nous rappeler que ce n’est pas de nous-mêmes, que nous appelons Dieu, Père, mais par et dans le Christ. Et c’est avec lui, que nous nous reconnaissons fils et filles de Dieu et invoquons ensemble le Tout-Autre comme notre Père.

La tradition juive dans laquelle s’inscrit Jésus, sans évoquer les religions environnantes, invoque Dieu déjà comme Père. Ce n’est pas l’apanage de christianisme comme on pourrait le croire. Le prophète Esaïe l’acclame ainsi : C’est toi, Seigneur, notre Père, notre rédempteur depuis toujours, c’est là ton nom. (5) Et puis dans le Talmud, nous trouvons ce parallèle étonnant : Notre Père qui es aux cieux, béni soit ton grand nom. (6).

Dans cette invocation du Dieu-Père, nous pouvons entendre deux consonances de la paternité de Dieu, apparemment contradictoires, mais qui au fond elles se complètent étonnamment. D’abord l’intimité de la voix des enfants avec leur Père, notre Père, Père, Abba. S’en suit, une voix plus spatiale, plus respectueuse, plus solennelle et cette dernière est particulièrement soulignée par ce Père qui es aux cieux ou comme le suggère la première traduction la TOB (7) le Père céleste. Le philosophe danois, Søren Kierkegaard parle quant à lui, d’une distance qualitative infinie.

Ainsi, Dieu est-il à la fois le Père proche de ceux et celles qu’il a créés à son image et auxquels il continue de révéler sa présence et ce jusqu’à la fin du monde, mais il est aussi et en même temps celui qui garde de la distance. Le Dieu silencieux comme le disent les mystiques. Père de nous et Père de tous jusqu’à l’autre bout de la terre et de son histoire.

Ce Père que nous invoquons dans la prière est d’abord le Père de Jésus, qu’il appelle souvent simplement Père, Abba ! Père, à toi tout est possible, écartes de moi cette coupe (8). Mais il devient par la foi, aussi le Père de nous comme le dit le texte grec (9). Le Père des disciples de Jésus d’hier et d’aujourd’hui.

Louis Évely, dans une retraite prêchée en 1954 commence par dire qu’il est impossible de dire le Pater en dehors d’une fraternité. En dehors d’une solidarité. […] Dieu nous a appris, qu’une prière filiale était forcément fraternelle, que pour être fils il fallait être frères. Et si un fils se sépare des frères, il n’est plus fils. (10).

Dans un dialogue avec un aumônier de prison, le pape François se pose lui aussi la question du sens de ce mot Père. Mon Père ? Non : notre Père ! Car je ne suis pas fils unique, aucun de nous ne l’est, et si je ne suis, et si je ne peux pas être frère, je pourrai difficilement devenir le fils de ce Père, puisqu’il est le père de tous. Le mien, certes, mais aussi celui des autres, de mes frères. Et si je ne suis pas en paix avec mes frères, je ne puis lui dire « Père » à lui. (11)

La prière de l’homme au Père est en même temps la prière des disciples entre eux ! Ainsi, la prière du Seigneur est-elle toujours en tension entre notre relation personnelle avec le Père et la communauté fondée par le Christ. La prière des disciples du Christ, fait de nous des fils et des filles d’un même Père comme elle fait de nous des frères et des sœurs d’une même fratrie que ne se choisie pas. Et lorsque nous disons Notre Père, nous confessons Dieu comme le Père de nous. Nous nous reconnaissons aussi ses fils et ses filles en devenant frères et sœurs, membres inséparables du Corps du Christ. Ne plus vouloir pour une raison ou pour une autre, être frère ou sœur, vouloir se retrancher de la fraternité, c’est aussi se retrancher de la condition de fils/fille de Dieu (12).
 
  1. Ne nous laisse pas entrer en tentation
  2. Matthieu 6,9-13
  3. Luc 11,2-4
  4. Max-Alain Chevallier, Relire le Notre-Père. p 9
  5. Esaïe 63,16
  6. Max-Alain Chevallier, Relire le Notre-Père p.13
  7. Editions de la TOB 1977
  8. Marc 14,36
  9. πατερ ημων
  10. Louis Évely, Notre Père, aux sources de notre fraternité p.29
  11. Pape François, Quand vous priez, dites Notre Père p.8
  12. Louis Évely, Notre Père, aux sources de notre fraternité p.29




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